Courir chez ses parents et raconter une madeleine...

Publié le par Léa

Une drôle d’impression après le concours : un peu fatiguée, un peu vidée, et même un peu triste… certes débarassée mais pas de satisfaction: on se retrouvera l’année prochaine…


Une véritable envie de rentrer au bercail aussi, de me blottir au fond de mon lit, dans la chambre qui a hébergée ma crise d'ado ! Envie de me laisser porter par la routine familiale, de me mettre les pieds sous la table (chouette, chouette !) et de déguster les petits plats maternels et paternels...

Sitôt imaginé, sitôt fait ! Un petit tour par un site de covoiturage, quelques coups de téléphone et me voilà à Paris, en route pour une arrivée surprise !

Et cela fait du bien… de ne pas faire grand chose, de revoir ses amis, de retrouver ses marques dans cette jolie ville de banlieue parisienne et de découvrir avec enchantement le potager aménagé…

 


Cela me laisse aussi le temps de vous raconter une histoire, celle de mes madeleines…

Tout à commencé l’année dernière, j’habitais alors Montréal, la ville de ma vie (attend moi encore un peu, je reviendrai !). Inscrite à l’UdeM, je suivais à la session d’hiver un cours de Philosophie des sciences, passionnant, envoutant et porté par son enseignant, Philippe B, le meilleur professeur jamais rencontré.

M. B a, un jour, évoqué la Madeleine de Proust… silence dans la salle !

" La quoi ??? "

Très ennuyé par le manque de culture de ses étudiants, M.B décida d'y remédier.

 

La semaine suivante, juste avant notre pause, il nous lut le passage en question de A la recherche du temps perdu

 

« Il y avait bien des années que de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n’existait plus pour moi, quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse: ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle? Que signifiait-elle? Où l’appréhender? »

 

… avant de nous distribuer quelques madeleines… les pires que j’ai pu manger !

En sachets, pâteuses, trop et pas assez cuites à la fois, avec un gout de beurre industriel… beurk ! Pas de quoi rendre hommage à Marcel !

J’ai alors décidé de conjurer ce mauvais sort ! Pendant les vacances de mi-session, j’ai entamé quelques recherches dans les livres de cuisine familiaux pour retrouver la recette de ma grand-mère, la recette des vraies madeleines dégustées dans mon enfance (Nostalgie quand tu nous tiens !)

Et je l’ai retrouvée… C’est ainsi que j’ai pu cuisiner quelques madeleines, des vraies, qui furent destinées à M. B ! (Sauf qu’il ne les a jamais reçues car mon "facteur" n’a malheureusement pas pu le trouver et a dû les manger lui-même… c’est étrange !)


Les madeleines philosophes de M. B alias les madeleines de mon enfance

(pour une trentaine de petits gâteaux)

 

- 3 œufs frais

- 200g de sucre

- 250g de farine

- 1 cuillère à café de levure chimique

- 75g de lait à température ambiante

- 125g de beurre fondu puis refroidit

- les zestes d’une orange (bio bien sûr !)

 

Dans un grand saladier, fouetter les œufs et le sucre jusqu’à ce que le mélange blanchisse et soit mousseux.

Tamiser la farine et la levure puis l’ajouter en plusieurs fois au mélange précédent.

Verser ensuite le lait, le beurre fondu et les zestes d’orange. Homogénéiser le mélange avant de le déposer au frais pendant au moins une heure (une nuit, c’est encore mieux !).

Préchauffer le four à 200°C.

Beurrer soigneusement les moules à madeleines puis les remplir, attention pas trop, la madeleine va gonfler !

Cuire environ 15 minutes, jusqu’à ce que la madeleine soit dorée et qu’un pic en ressorte sec.

 

Puis déguster, avec un thé bien sur, en repensant à tous ces bons moments et à ceux qui arriveront…


Publié dans Sucré

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Natalia 09/05/2009 11:43

Eh oui, la Madeleine est une spécialité française, pas québécoise... enfin cela dit nos madeleines industrielles n'ont sans doute rien à envier à celles d'Outre-Atlantique !!

Thomas 04/05/2009 10:29

Je ne sais pas pourquoi mais je pense que tout comme ton facteur, je n'aurais jamais trouvé le prof de philo... ^^
elles sont magnifiques !

Léa 07/05/2009 10:25


Yo: Moi aussi j'adoooore Montréal ! et j'adore les madeleines !!
Mathilde: C'est très joli cette phrase, je ne connaissais pas... merci !
Lucille: c'est gentil ! j'espère que les madeleines t'ont plus !
Thomas: oh mais que sousentends-tu sur mon facteur ? ^^ je n'ai jamais douté de son honnêteté moi !!


Lucille 04/05/2009 10:27

C'est très joli chez tes parents ! j'espère que le stress de tes examens est retombé et que tu peux profiter de tes vacances (??)... en attendant, ton histoire m'a beaucoup plu et résultat, les madeleines de M.B sont dans mon fout en ce moment même ! je te laisse, faut que j'aille les surveiller !!
Merci pour ta recette et puis les photos sont vraiment trop belles

Mathilde 03/05/2009 21:03

La philosophie n'est pas une illusion : elle est l'algèbre de l'histoire.
Maurice Merleau-Ponty
Extrait de l' Eloge de la philosophie

Et tes madeleines un morceau d'éternité...

yo 02/05/2009 22:06

j'adore montréal, j'adore les madeleines et j'adore ton histoire... et tes photos...
merci!